Héritier de remplacement ou héritier successif : que choisir dans son testament en Suisse ?
Comparatif vérifié par JuriUp Mis à jour le 15 septembre 2026 Droit suisse
Choisissez l'héritier de remplacement pour désigner un plan B si votre héritier principal décède avant vous ou refuse l'héritage (art. 487 CC). Choisissez l'héritier successif pour imposer que vos biens profitent à un premier héritier sa vie durant, avant d'être obligatoirement transmis à un second à son propre décès (art. 488 CC).
- L'héritier de remplacement s'active uniquement si le premier choix ne peut ou ne veut pas hériter de vos biens.
- L'héritier successif (le grevé) a l'obligation absolue de conserver la substance de l'héritage pour le second.
- La loi impose la création d'un inventaire officiel pour protéger les droits du second héritier face au premier.
- La réserve héréditaire de vos proches ne peut généralement pas être soumise à une substitution fidéicommissaire.
Héritier de remplacement ou Héritier successif : le face-à-face
Comparatif indicatif : les montants et démarches peuvent varier selon votre situation.
Quel choix pour votre situation
Héritier de remplacement si vous…
- Vous léguez vos biens à un ami âgé et souhaitez nommer une association s'il venait à disparaître avant vous.
- Vous n'avez pas d'héritiers légaux et voulez vous assurer que l'État ne récupérera pas votre fortune.
- Vous voulez une solution simple, sans imposer de lourdes contraintes de conservation à vos bénéficiaires.
Héritier successif si vous…
- Vous êtes en famille recomposée et souhaitez laisser votre fortune à votre nouveau conjoint, puis à vos enfants.
- Vous voulez éviter qu'un bien immobilier familial ne sorte de la famille par le jeu des mariages successifs.
- Vous léguez un capital à un enfant sans descendance et souhaitez qu'à son décès, le solde revienne à vos frères.
Comprendre les différences
Ce qui change vraiment entre ces deux clauses
Dans un testament, il est courant de vouloir anticiper les imprévus. L’héritier de remplacement (aussi appelé substitution vulgaire) est une simple mesure de précaution. Vous prévoyez un plan B : si votre premier choix décède avant vous ou décide de répudier la succession, le second prend sa place. Le bénéficiaire qui accepte finalement l’héritage en devient le propriétaire absolu et définitif. Il peut vendre les biens, les dépenser ou les léguer à qui il le souhaite en toute liberté.
À l’inverse, l’héritier successif (le fidéicommis) permet de contrôler la transmission de votre patrimoine sur deux générations. Vous nommez un premier héritier (le grevé) qui devient propriétaire de votre vivant, mais avec une condition stricte. À son propre décès, l’héritage devra obligatoirement être transféré à un second bénéficiaire (l’appelé). Le premier ne fait que garder et faire fructifier le patrimoine ; il n’a pas le droit de le dilapider ni de modifier cette ligne de transmission.
Le critère que tout le monde oublie : la lourdeur administrative
Imposer une substitution fidéicommissaire n’est pas un acte anodin. Pour protéger les droits du second bénéficiaire, la loi suisse exige que le premier héritier dresse un inventaire officiel de la succession avec l’autorité cantonale. De plus, il devra fournir des sûretés (des garanties financières), à moins que vous ne l’en ayez expressément dispensé dans votre testament.
Il ne faut pas confondre ce mécanisme avec l’usufruit. L’héritier successif est véritablement propriétaire des biens, mais d’une propriété conditionnelle et bloquée. Cela peut créer des tensions familiales, car le premier héritier se sent souvent surveillé ou limité dans ses décisions financières.
Fiscalité et limites légales : attention à la réserve
Sur le plan fiscal, le fidéicommis peut coûter cher. Dans de nombreux cantons, l’impôt sur les successions sera perçu deux fois : une première fois lors de votre décès, puis une seconde fois au décès du premier héritier, lorsque le patrimoine passera au second bénéficiaire. Ce double prélèvement fiscal doit être soigneusement anticipé.
Enfin, gardez à l’esprit que vous ne pouvez pas grever la réserve héréditaire de vos héritiers légaux avec un fidéicommis. La part réservataire de vos enfants doit leur être remise libre de toute charge. La substitution ne s’applique en principe que sur la quotité disponible de vos biens.
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Les pièges à éviter
- Sous-estimer la charge administrative et le coût de l'inventaire imposé au premier héritier successif.
- Oublier que le fisc cantonal risque de prélever l'impôt sur les successions à chaque transmission du fidéicommis.
- Confondre l'héritier successif (qui est le vrai propriétaire) avec un simple usufruitier (qui n'a que le droit d'usage).
Un cas concret
Exemple vécu
Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse
Marc vit dans le canton de Fribourg. Marié en secondes noces à Sophie, il a deux enfants d'un premier mariage. Pour protéger son épouse tout en garantissant que ses enfants recevront sa fortune immobilière plus tard, il nomme Sophie comme héritière successive et ses enfants comme appelés. À la mort de Marc, Sophie pourra habiter et gérer la maison, mais ne pourra pas la vendre ni la léguer à sa propre famille, préservant ainsi le capital pour les enfants de Marc.
Les bases légales
Questions fréquentes
C'est le terme juridique suisse pour désigner l'héritier de remplacement. Cette clause testamentaire nomme une personne qui recevra la succession uniquement si le premier héritier décède avant vous.
C'est le mécanisme de l'héritier successif. Vous imposez à un premier bénéficiaire (le grevé) de conserver le patrimoine pour le transmettre obligatoirement à un second (l'appelé) à son propre décès.
Il en est juridiquement propriétaire, mais il a la stricte obligation d'en préserver la valeur pour le second héritier. La vente d'un bien immobilier est complexe et exige des garanties financières de remplacement.
Non, la réserve héréditaire garantie par la loi à vos enfants ou votre conjoint doit leur être acquise librement. L'héritier successif ne peut s'appliquer qu'à la quotité disponible.
L'usufruitier n'a que le droit d'utiliser le bien et de percevoir les loyers, tandis que la nue-propriété appartient à un autre. Dans un fidéicommis, le premier bénéficiaire est le seul et unique propriétaire, soumis à une restitution future.
Vous pouvez rédiger ces clauses dans un testament olographe écrit et signé à la main. Toutefois, la complexité des règles liées à l'héritier successif rend l'accompagnement par un expert fortement recommandé.
L’avis de l’équipe JuriUp
Equipe JuriUp
Juristes & avocats partenaires - droit suisse
La substitution fidéicommissaire est un outil d’ingénierie successorale redoutablement efficace, particulièrement plébiscité par les familles recomposées qui souhaitent protéger financièrement le nouveau conjoint tout en sanctuarisant le capital pour les enfants d’un premier lit. C’est la garantie que votre patrimoine ne partira pas vers une belle-famille inconnue.
Cependant, en tant que juristes et avocats partenaires spécialisés, nous mettons souvent en garde contre la rigidité de ce mécanisme. L’obligation de dresser un inventaire et de fournir des sûretés peut placer le premier héritier dans une position administrativement lourde. Si votre but est simplement d’assurer un toit à votre conjoint, un droit d’habitation sera souvent plus simple et moins anxiogène que de faire de lui un héritier successif.
Sources officielles
Informations vérifiées le 15 septembre 2026
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Ce comparatif fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : le bon choix dépend de votre situation précise. Faites-la valider par un professionnel via JuriUp.