Mon employeur a-t-il le droit de me licencier pendant ma grossesse ?
Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 16 septembre 2026 Droit suisse
Ça dépend. Pendant le temps d'essai, l'employeur peut résilier, sauf si le motif réel est la grossesse (discrimination interdite par la LEg). Après le temps d'essai, tout congé donné pendant la grossesse et au cours des seize semaines qui suivent l'accouchement est nul (art. 336c CO) : votre contrat continue comme si rien n'avait été notifié.
- Après le temps d'essai, le congé donné pendant la grossesse est nul (art. 336c CO).
- La protection dure jusqu'à seize semaines après l'accouchement.
- Si le congé a été donné avant la grossesse, le délai de congé est suspendu puis reprend.
- Pendant le temps d'essai, seul un licenciement discriminatoire (LEg) peut être contesté.
- La protection ne s'applique pas au licenciement immédiat pour justes motifs ni à une résiliation d'un commun accord.
Ce que dit la loi
Ce que dit le droit suisse
La loi protège l’employée enceinte contre le licenciement en temps inopportun. Selon l’article 336c du Code des obligations, après le temps d’essai, l’employeur ne peut pas résilier le contrat pendant la grossesse ni au cours des seize semaines qui suivent l’accouchement. Un congé donné pendant cette période est nul : il n’a aucun effet juridique, votre contrat se poursuit normalement et vous n’avez pas besoin de contester le motif, il vous suffit de prouver votre état. Si l’employeur insiste, un avocat en licenciement abusif saura faire respecter vos droits.
Si le congé a été donné avant la grossesse
Il arrive qu’une femme reçoive son congé, puis tombe enceinte pendant l’écoulement de son préavis. Dans ce cas, le congé reste valable, mais le délai de congé est suspendu dès le début de la grossesse et ne recommence à courir qu’à la fin de la période de protection, soit seize semaines après l’accouchement (art. 336c al. 2 CO). Si le contrat ne peut prendre fin que pour un terme donné, par exemple la fin d’un mois, il se prolonge jusqu’au prochain terme.
Le cas particulier du temps d’essai
La protection de l’article 336c CO ne s’applique pas pendant le temps d’essai : l’employeur peut alors résilier avec le délai de congé de sept jours prévu par la loi. Toutefois, la Loi sur l’égalité (LEg) interdit toute discrimination fondée sur le sexe, y compris en raison de la grossesse, et cela aussi lors de la résiliation. Si vous parvenez à prouver que le motif réel de votre renvoi est votre grossesse, ce congé est discriminatoire et peut donner droit à une indemnité. Dans une telle situation, la lecture de notre guide Que faire en cas de discrimination au travail vous aidera à agir.
Conséquences de la nullité du licenciement
Lorsque le licenciement est nul, le contrat de travail perdure avec toutes ses obligations. L’employée doit continuer à offrir formellement ses services et se présenter à son poste de travail, sauf si son état de santé justifie un arrêt avec certificat médical. De son côté, l’employeur reste tenu de verser le salaire habituel, même s’il refuse l’accès au lieu de travail. Il est également recommandé de ne pas céder à la pression de signer une convention de départ immédiat si l’on souhaite conserver son emploi ou son droit aux allocations de maternité, car la protection ne joue plus en cas de résiliation d’un commun accord.
Les exceptions et les pièges
Le licenciement avec effet immédiat : la protection de l’art. 336c CO ne s’applique qu’au congé ordinaire. En cas de faute grave justifiant un licenciement immédiat pour justes motifs (art. 337 CO), l’employeur peut vous renvoyer sur-le-champ, même enceinte. Le juge apprécie toutefois strictement l’existence de justes motifs.
La faillite de l’entreprise : la faillite ne met pas fin automatiquement aux contrats de travail, mais l’administration de la faillite peut les résilier et la protection contre le licenciement en temps inopportun ne permet pas de maintenir un emploi dans une structure qui disparaît. Vos créances de salaire restent privilégiées et l’assurance-chômage peut verser une indemnité en cas d’insolvabilité.
La résiliation d’un commun accord : si vous signez une convention de départ, la protection de l’art. 336c CO ne joue plus. Ne signez rien sous pression sans conseil.
Un cas concret
Exemple vécu
Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse
Sarah travaille depuis trois ans comme assistante administrative dans le canton de Vaud. Le 10 du mois, son employeur lui remet une lettre de licenciement pour la fin du mois suivant. Deux semaines plus tard, un test confirme qu'elle est enceinte et son gynécologue estime que la conception est antérieure à la lettre. Sarah envoie à son employeur un courrier recommandé avec le certificat médical et lui rappelle que, selon l'art. 336c CO, le congé est nul. Elle continue à se présenter au travail. Son employeur ne peut pas maintenir le licenciement : s'il souhaite se séparer d'elle, il devra notifier un nouveau congé après la fin des seize semaines qui suivent l'accouchement.
Les bases légales
Valable dans quel canton ?
Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.
- Genève
- Vaud
- Valais
- Fribourg
- Neuchâtel
- Jura
- Berne
- et tous les cantons suisses
Que faire concrètement
-
Obtenir un certificat médical
Demandez immédiatement à votre gynécologue ou médecin traitant une attestation médicale confirmant votre grossesse et, si possible, la date estimée du début de celle-ci.
-
Informer l'employeur par écrit
Envoyez une lettre recommandée à votre employeur en joignant le certificat médical. Indiquez clairement que vous êtes enceinte et que le congé est par conséquent nul.
-
Offrir formellement ses services
Précisez dans votre courrier que vous restez à l'entière disposition de l'entreprise pour continuer à travailler. Présentez-vous à votre poste aux horaires habituels pour éviter qu'on vous accuse d'abandon de poste.
-
Saisir le tribunal en cas de refus
Si votre employeur maintient son congé, refuse de vous laisser travailler ou cesse de payer votre salaire, contactez un juriste ou un avocat pour saisir l'autorité de conciliation puis le tribunal compétent en matière de contrat de travail de votre canton (à Genève, le Tribunal des prud'hommes ; dans le canton de Vaud, le tribunal d'arrondissement).
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Questions fréquentes
Non. La loi ne fixe aucun délai formel pour annoncer votre état. Toutefois, il est vivement recommandé de le faire rapidement afin de pouvoir bénéficier des mesures de protection de la santé au travail prévues par la loi.
Non. Cette question est discriminatoire et viole la protection de votre personnalité. La jurisprudence vous accorde le droit de mentir si on vous la pose, sauf si le poste présente un danger grave pour le fœtus.
Le congé reste valable, mais le délai de congé est suspendu dès le début de la grossesse et ne reprend qu'à la fin de la période de protection, soit seize semaines après l'accouchement (art. 336c al. 2 CO). Si le contrat ne peut se terminer que pour un terme, par exemple la fin d'un mois, il se prolonge jusqu'au prochain terme. Informez votre employeur par écrit avec un certificat médical.
Oui. La protection contre le licenciement en temps inopportun ne s'applique qu'aux congés donnés par l'employeur. Vous êtes entièrement libre de démissionner, en respectant simplement votre délai de préavis habituel.
Oui, mais uniquement pour des raisons de protection de votre santé. Si votre poste habituel est jugé dangereux ou trop pénible (travail de nuit, port de charges lourdes), l'employeur doit vous proposer un travail de remplacement équivalent et sûr, sans réduction de salaire.
Oui, en principe. La protection contre le licenciement dure jusqu'à seize semaines après l'accouchement (art. 336c CO) ; elle se prolonge si vous prenez un congé de maternité prolongé au sens de l'art. 329f al. 2 CO. Passé ce délai, l'employeur peut résilier en respectant le délai de congé. Toutefois, un licenciement motivé uniquement par votre maternité est discriminatoire (art. 3 LEg) et abusif, et peut donner droit à une indemnité allant jusqu'à six mois de salaire.
L’avis de l’équipe JuriUp
Equipe JuriUp
Juristes & avocats partenaires - droit suisse
Le piège le plus fréquent en pratique concerne la date exacte de la conception. De nombreuses employées croient à tort que le licenciement est valable si l’employeur ignorait la grossesse, ou si elles-mêmes ne le savaient pas encore au moment de recevoir la lettre. C’est faux. La protection légale s’applique de manière strictement rétroactive. Dès que l’échographie prouve que la conception a eu lieu avant la réception du congé, ce dernier est nul, peu importe l’ignorance des parties. Ne vous laissez donc jamais intimider par un employeur qui exigerait de vous une démission de complaisance en affirmant qu’il ne savait pas.
Sources officielles
- SECO : Protection de la maternité
- SECO : FAQ sur la résiliation du contrat (délais de protection de l'art. 336c CO)
- Fedlex : art. 336c CO, résiliation en temps inopportun
Informations vérifiées le 16 septembre 2026
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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.