Mon voisin a-t-il le droit d’installer une sonnette vidéo (caméra) sur sa porte ?
Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 29 août 2026 Droit suisse
Non. En Suisse, l'installation d'une sonnette vidéo (type Ring) sur une porte d'appartement est illicite si elle filme les parties communes, comme le palier. Cela constitue une violation de la sphère privée des voisins (art. 28 CC) et de la loi sur la protection des données (LPD).
- Une caméra privée ne doit filmer que la sphère privée de son propriétaire.
- Filmer le palier d'un immeuble ou l'escalier est interdit sans accord explicite.
- Le Tribunal fédéral considère cette surveillance comme disproportionnée.
- En location, la régie peut exiger le démontage immédiat de la caméra.
Ce que dit la loi
Ce que dit le droit suisse sur les sonnettes vidéo
Avec l’essor des sonnettes connectées et des judas numériques, de plus en plus de locataires et de copropriétaires équipent leur porte d’entrée. Cependant, le droit suisse est très strict à ce sujet : la vidéosurveillance privée est soumise à la Loi sur la protection des données (LPD) et à la protection de la personnalité (art. 28 CC).
La règle fondamentale stipule qu’une caméra ne doit filmer que le terrain ou la sphère privée de la personne qui l’installe. Dans un immeuble, le palier, les couloirs et la cage d’escalier sont qualifiés de parties communes. Votre voisin n’a donc absolument pas le droit de filmer ces zones sans obtenir préalablement le consentement explicite et unanime de tous les habitants potentiellement filmés, ce qui inclut les autres résidents, leurs visiteurs et le personnel de nettoyage.
Le principe de proportionnalité
Pour justifier une vidéosurveillance, le Tribunal fédéral et le Préposé fédéral à la protection des données (PFPDT) exigent que la mesure soit proportionnée et motivée par un intérêt prépondérant, tel que la prévention d’actes de vandalisme répétés ou de cambriolages confirmés. Néanmoins, même dans ces situations, les tribunaux estiment fermement que d’autres mesures de sécurité, comme l’installation d’une porte blindée ou d’une serrure renforcée, doivent systématiquement être privilégiées avant d’envisager de filmer.
Filmer les allées et venues des voisins, de leurs invités ou du facteur constitue une atteinte grave à la vie privée, car cela permet de profiler leurs habitudes quotidiennes. Sans autorisation claire et écrite, un tel dispositif électronique est purement et simplement illicite au regard du droit suisse.
Que faire si vous êtes filmé ?
Si vous remarquez que l’objectif d’une sonnette vidéo pointe vers votre porte ou enregistre vos passages sur le palier, vous êtes tout à fait en droit d’exiger son retrait immédiat. En tant que locataire, le moyen d’action le plus efficace est d’alerter officiellement le bailleur ou la régie immobilière par lettre recommandée.
Ces derniers ont l’obligation légale de garantir votre tranquillité et peuvent sommer le voisin fautif de désinstaller son appareil. En cas de refus persistant, le locataire indiscret s’expose à la résiliation de son bail pour violation du devoir de diligence. En propriété par étages (PPE), c’est l’administrateur qui devra intervenir fermement pour faire respecter le règlement intérieur de l’immeuble et ordonner le démontage.
Les exceptions et les pièges
Maisons individuelles et villas : La situation bascule si la caméra est installée sur la porte d’une maison individuelle et qu’elle ne filme que le chemin d’accès strictement privé appartenant au propriétaire de la caméra. Dans ce cas, l’installation est autorisée, à condition de poser un panneau d’avertissement visible indiquant la présence d’une vidéosurveillance.
Masquage de confidentialité garanti : Si la caméra connectée dispose d’une fonction de masquage numérique certifiée qui occulte complètement et de manière irréversible tout l’espace public et commun avec des blocs noirs, l’appareil pourrait exceptionnellement être toléré. Toutefois, les autorités suisses restent très critiques face à ces dispositifs désactivables en un simple clic sur un smartphone.
Un cas concret
Exemple vécu
Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse
Sophie, habitant dans le canton de Vaud, découvre que son voisin de palier a remplacé son ancien judas par une sonnette connectée. Chaque fois qu'elle sort de son appartement, la caméra s'active et enregistre la scène. Se sentant surveillée, elle signale le cas à sa régie. La gérance envoie immédiatement une mise en demeure au voisin, lui rappelant l'interdiction de filmer les parties communes, et l'oblige à démonter l'appareil sous 48 heures.
Les bases légales
Valable dans quel canton ?
Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.
- Genève
- Vaud
- Valais
- Fribourg
- Neuchâtel
- Jura
- Berne
- et tous les cantons suisses
Que faire concrètement
-
Tenter un dialogue à l'amiable
Demandez poliment à votre voisin s'il peut vous prouver que l'angle de vue ne capte pas les zones communes. S'il refuse ou s'il filme le palier, demandez-lui de désactiver la caméra.
-
Photographier l'installation
Prenez une ou deux photos de la caméra et de son positionnement depuis les parties communes pour documenter l'infraction. N'y touchez pas vous-même afin d'éviter tout conflit.
-
Alerter la régie ou l'administrateur
Envoyez une lettre recommandée à la gérance immobilière ou à l'administration de la PPE en exigeant leur intervention rapide pour faire cesser cette violation de votre sphère privée.
-
Saisir la justice civile
Si la régie n'agit pas ou que le voisin est propriétaire et refuse d'obtempérer, vous pouvez déposer une action civile pour cessation du trouble devant le juge de votre district.
Conflit avec un voisin indiscret ?
Protégez votre sphère privée. Nos juristes vous accompagnent pour exiger formellement le retrait de la caméra auprès de la régie.
Questions fréquentes
Non. Dans un immeuble, un simple panneau d'avertissement ne remplace en aucun cas le consentement exprès de vos voisins pour filmer les parties communes.
Oui. Enregistrer des conversations privées sur le palier à l'insu des personnes concernées constitue une infraction pénale passible de sanctions.
Ça dépend. Même si la preuve a été obtenue illicitement, un juge pourrait exceptionnellement l'admettre si elle s'avère indispensable pour élucider un crime très grave.
Non. Même avec l'accord de la majorité des copropriétaires, le consentement unanime de toutes les personnes susceptibles d'être filmées reste strictement obligatoire.
Non. Le simple fait de visionner en direct (livestream) le palier ou les parties communes à travers l'objectif de la caméra suffit à violer la loi sur la protection des données.
L’avis de l’équipe JuriUp
Equipe JuriUp
Juristes & avocats partenaires - droit suisse
Le conflit lié aux judas numériques et autres sonnettes connectées est un litige de voisinage très fréquent en Suisse. Les personnes qui achètent ces appareils en grande surface ignorent souvent que leur usage, conçu pour d’autres marchés, contrevient directement à la législation helvétique sur la protection des données lorsqu’il est employé en appartement.
Si vous subissez cette surveillance, ne cédez pas à la colère et ne vandalisez jamais l’appareil de votre voisin, sous peine de risquer une plainte pour dommages à la propriété. Restez dans la légalité en faisant pression sur votre bailleur, qui possède les leviers contractuels nécessaires pour régler la situation rapidement et durablement.
Sources officielles
Informations vérifiées le 29 août 2026
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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.