Question de droit · Contrats & commercial

Un médecin a-t-il le droit de refuser de me soigner ?

Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 11 septembre 2026 Droit suisse

La réponse Ça dépend Règle claire

Ça dépend. En principe, un médecin en cabinet privé est libre de refuser un patient en vertu de la liberté contractuelle. Toutefois, en cas d'urgence médicale grave, tout médecin a l'obligation légale et déontologique de vous porter assistance.

  • La relation médecin-patient repose sur un contrat de mandat privé (art. 394 CO).
  • Un médecin a le droit de refuser de nouveaux patients ou d'interrompre un suivi.
  • La résiliation du mandat par le praticien ne doit toutefois jamais intervenir en temps inopportun.
  • Exception absolue : le refus est interdit et sanctionné pénalement en cas d'urgence.
  • Les hôpitaux publics ont l'obligation légale d'accueillir les patients de leur canton.

Ce que dit la loi

Ce que dit le droit suisse

Contrairement aux idées reçues, la relation juridique qui s’établit entre un médecin privé et son patient est strictement soumise aux règles du contrat de mandat, telles qu’elles sont définies par l’article 394 du Code des obligations suisse. Le droit de la santé consacre ainsi, de manière fondamentale, le principe de la liberté contractuelle. En vertu de ce principe cardinal, un médecin exerçant de manière indépendante en cabinet n’a absolument aucune obligation légale de soigner ou de prendre en charge toute personne qui en fait la demande à l’accueil de son cabinet. Les parties sont libres de conclure ou de ne pas conclure ce contrat, ce qui implique que l’engagement médical n’est pas un dû automatique pour le citoyen.

Les motifs valables de refus de soigner

Dans la pratique, un praticien de la santé est parfaitement en droit de refuser de nouveaux patients, et ce, pour de multiples raisons professionnelles ou structurelles. Le motif le plus courant est la surcharge de travail: si son cabinet est déjà plein et qu’il estime, en son âme et conscience, ne plus pouvoir garantir une prise en charge de qualité optimale et sécuritaire pour les nouveaux venus, il peut décliner la demande. De même, un médecin peut tout à fait refuser d’accepter un mandat médical s’il juge que le traitement spécifique demandé sort du cadre de ses compétences médicales ou de sa spécialité. En outre, un praticien peut refuser de procéder à une intervention pour des convictions personnelles ou éthiques (par exemple, dans le cadre d’interventions non urgentes). Il est toutefois recommandé, par courtoisie et conscience professionnelle, d’orienter le malade vers un confrère disponible et compétent.

La fin du suivi médical et la rupture de confiance

La liberté contractuelle, inhérente au mandat, s’applique également de la même manière à l’interruption des soins en cours de route. Un médecin traitant peut décider unilatéralement de ne plus soigner un patient existant s’il constate, par exemple, une perte de confiance irrémédiable, des menaces proférées à l’encontre de lui-même ou de son personnel, des mensonges répétés concernant l’état de santé, le refus de suivre les prescriptions médicales essentielles, ou encore des factures impayées de manière chronique et systématique. Toutefois, la loi protège le patient contre les abus: cette résiliation du contrat par le médecin ne doit rigoureusement jamais intervenir à un moment critique ou inopportun pour la santé ou la sécurité de la personne concernée. Si un médecin abandonne un patient au milieu d’un traitement lourd et sans solution de repli immédiate, il s’expose à devoir payer de lourds dommages et intérêts, voire à des poursuites pénales en cas de mise en danger concrète.

Les exceptions et les pièges

En cas d’urgence médicale grave : Le droit de refus du médecin disparaît totalement si la vie du patient est en danger imminent. Refuser d’intervenir dans ce contexte constitue le délit pénal d’omission de prêter secours (art. 128 CP). Le praticien doit agir dans les limites de ses compétences pour stabiliser la personne.

Les hôpitaux publics : Contrairement aux cabinets privés, les établissements sanitaires subventionnés par l’Etat (hôpitaux cantonaux ou universitaires) sont soumis à un mandat de prestations. Ils ont l’obligation d’accueillir et de soigner les patients de leur canton, sans pouvoir sélectionner leur clientèle.

Un cas concret

Exemple vécu

Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse

Situation fréquente

Julien, domicilié dans le canton de Fribourg, souhaite consulter un nouveau médecin de famille près de chez lui. Après avoir appelé le secrétariat, il s'entend dire que le cabinet n'accepte plus de nouveaux patients car il est surchargé. Le médecin est parfaitement dans son droit en vertu de la liberté contractuelle. Julien devra contacter le réseau de soins de son assurance ou un autre cabinet de la région pour trouver un praticien disponible. S'il faisait face à une crise cardiaque, il pourrait en revanche se rendre directement aux urgences de l'hôpital cantonal qui aurait l'obligation de le prendre en charge.

Les bases légales

  • Art. 394 COfedlex Contrat de mandat
  • Art. 128 CPfedlex Omission de prêter secours

Valable dans quel canton ?

Droit fédéral

Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.

  • Genève
  • Vaud
  • Valais
  • Fribourg
  • Neuchâtel
  • Jura
  • Berne
  • et tous les cantons suisses

Que faire concrètement

  1. Contacter votre réseau de soins ou assurance

    Si un cabinet refuse de vous prendre comme nouveau patient, sollicitez votre assurance maladie. Selon votre modèle (médecin de famille, HMO), elle pourra vous réorienter vers un partenaire médical disponible.

  2. Demander votre dossier médical complet

    Si votre médecin actuel décide de mettre fin à votre suivi de manière abrupte, exigez la transmission de votre dossier médical complet. C'est votre droit absolu et il est essentiel pour garantir la continuité de vos soins.

  3. Saisir la commission de déontologie

    Si le refus de soigner intervient en plein traitement (en temps inopportun) et met votre santé en péril, vous pouvez dénoncer cette attitude à la commission de déontologie de la société médicale cantonale ou de la FMH.

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Questions fréquentes

Oui. S'il existe une rupture du lien de confiance ou des impayés répétés, le praticien peut résilier le mandat. Il doit toutefois s'assurer que cette décision ne met pas votre santé en danger immédiat (résiliation en temps inopportun).

Le fait de ne trouver aucun cabinet disponible est fréquent en Suisse. Contactez votre assurance maladie pour solliciter leur aide ou inscrivez-vous sur des listes d'attente. En cas d'urgence, orientez-vous vers les hôpitaux ou les permanences médicales.

Non. Votre dossier médical vous appartient. Le droit fédéral garantit un accès complet et inconditionnel à vos données de santé, même si vous avez des factures impayées auprès du cabinet.

Ça dépend. Si l'opération n'est pas urgente (par exemple esthétique ou de confort), le médecin est libre de refuser l'intervention, notamment s'il juge que les risques sont trop élevés par rapport aux bénéfices escomptés.

Non. Les services d'urgence des hôpitaux publics sont contraints d'accueillir, d'évaluer et de stabiliser toute personne qui se présente. Ils ne peuvent pas refuser un patient sous prétexte qu'il n'a pas d'assurance maladie ou de moyens financiers.

Oui. Selon le contrat de mandat, un médecin peut vous facturer le temps perdu s'il n'a pas pu prendre un autre patient, à condition que vous ayez annulé à la dernière minute sans motif valable.

L’avis de l’équipe JuriUp

Equipe JuriUp

Juristes & avocats partenaires - droit suisse

En Suisse, la croyance selon laquelle un médecin serait forcé d’accepter n’importe quel patient a la vie dure. En réalité, hors contexte d’urgence absolue, un cabinet médical fonctionne comme une structure privée régie par le contrat de mandat. Le praticien a le droit de choisir sa patientèle et de protéger ses conditions de travail face à la pénurie médicale.

Toutefois, le droit pose une limite fondamentale concernant la résiliation du mandat. Un médecin ne peut pas abandonner un patient du jour au lendemain si ce dernier se trouve au milieu d’un traitement complexe ou s’il n’a aucune alternative médicale rapide. Mettre fin au suivi médical dans une telle situation constituerait une résiliation en temps inopportun, engageant la responsabilité civile ainsi que la responsabilité disciplinaire du praticien, sans parler de la potentielle omission de prêter secours.

Sources officielles

Informations vérifiées le 11 septembre 2026

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La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.

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