Poursuite ou prud’hommes : que choisir face à un salaire non versé en Suisse romande ?
Comparatif vérifié par JuriUp Mis à jour le 24 octobre 2026 Droit suisse
Choisissez la poursuite si votre employeur ne conteste pas la dette : c'est la démarche officielle de recouvrement forcé, et s'il ne s'y oppose pas dans le délai de 10 jours, vous pouvez la faire continuer. Choisissez le tribunal compétent en matière de travail (les prud'hommes) s'il conteste ou si vous n'avez aucun document signé : une tentative de conciliation précède alors la procédure.
- La mise en demeure écrite précède les deux voies : elle fixe le point de départ de la demeure (art. 102 CO).
- L'employeur a 10 jours pour faire opposition au commandement de payer : une seule opposition arrête la poursuite (art. 74 LP).
- Après opposition, il faut une décision exécutoire pour continuer la poursuite (art. 79 LP).
- Litige de travail jusqu'à 30 000 francs : pas de frais judiciaires devant le tribunal (art. 113 et 114 CPC).
- Les salaires se prescrivent par cinq ans (art. 128 ch. 3 CO), mais le droit de continuer la poursuite se périme par un an (art. 88 LP).
Poursuite ou Prud'hommes : le face-à-face
Comparatif indicatif : les montants et démarches peuvent varier selon votre situation.
Quel choix pour votre situation
Poursuite si vous…
- Vous savez que votre employeur doit le salaire et qu'il ne le conteste pas, il a simplement cessé de payer.
- Vous pouvez prouver votre travail et le montant dû, même sans document signé par l'employeur : un tel document facilite seulement la mainlevée en cas d'opposition.
- Vous craignez l'insolvabilité de votre employeur : la poursuite peut mener à une demande de saisie, qui peut ouvrir droit à l'indemnité de la caisse de chômage selon les conditions de la LACI.
- Vous voulez une démarche simple, sans avocat, qui met une pression immédiate.
Prud'hommes si vous…
- Vous vous attendez à ce que votre employeur conteste le montant ou l'existence du salaire.
- Vous n'avez aucun contrat ou document signé par l'employeur.
- Votre dossier comprend d'autres prétentions : heures supplémentaires, vacances, 13e salaire.
- Vous avez déjà reçu une opposition et devez faire reconnaître votre droit.
Ce que ce comparatif couvre
Il concerne un travailleur dont le salaire n’est pas payé, en Suisse romande. Les règles ci-dessous sont fédérales. Une retenue sur salaire, où l’employeur garde une partie du salaire, est une autre question, non traitée ici. Le salaire est payé à la fin de chaque mois, sauf délai plus court ou autre terme convenu ou usuel (art. 323 al. 1 CO). À la fin du contrat, toutes les créances qui en découlent deviennent exigibles (art. 339 al. 1 CO).
Première étape commune : la mise en demeure
Le débiteur d’une obligation exigible est mis en demeure par l’interpellation du créancier, donc par une demande de paiement (art. 102 al. 1 CO). Si un jour d’exécution a été fixé d’un commun accord, son expiration suffit (art. 102 al. 2 CO). Envoyez un écrit précis : montant, période, délai de paiement. Gardez la preuve de l’envoi.
La poursuite : rapide, mais l’opposition la bloque
La réquisition de poursuite s’adresse à l’office des poursuites du domicile du débiteur, par écrit ou verbalement (art. 46 LP). Elle indique le créancier, le débiteur, le montant et, à défaut de titre, la cause de l’obligation (art. 67 LP). L’employeur a dix jours dès la notification du commandement de payer pour faire opposition, oralement ou par écrit (art. 74 LP). Sans opposition, vous pouvez requérir la continuation après 20 jours dès la notification du commandement de payer, et ce droit se périme par un an (art. 88 LP). Avec opposition, vous ne pouvez continuer qu’avec une décision exécutoire qui l’écarte expressément (art. 79 LP). Si vous détenez une reconnaissance de dette, vous pouvez requérir la mainlevée provisoire, que le juge prononce si l’employeur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 LP). La mainlevée n’est donc pas garantie.
Les prud’hommes : la voie du litige
La procédure au fond est précédée d’une tentative de conciliation (art. 197 CPC). Le nom et l’organisation du tribunal compétent en matière de travail varient selon le canton : renseignez-vous auprès du tribunal de votre canton. Jusqu’à 30 000 francs, la procédure simplifiée s’applique (art. 243 CPC) et il n’est pas perçu de frais judiciaires pour les litiges de contrat de travail (art. 113 et 114 CPC). Le texte ne règle pas les honoraires d’avocat au fond : ce coût dépend de votre choix de vous faire représenter. Pour un salaire manifestement non contesté, le cas clair existe (art. 257 CPC), mais il suppose un état de fait non litigieux ou immédiatement prouvable.
Employeur insolvable
La LACI (art. 51) prévoit une indemnité en cas d’insolvabilité, notamment en cas de faillite de l’employeur ou si vous avez présenté une demande de saisie pour créance de salaire. Dans la faillite, vos créances de salaire sont colloquées en première classe dans les limites de la loi (art. 219 LP). Si vous craignez ce scénario, voyez notre page droit du travail ou le guide sur le délai d’opposition à une poursuite. Prochaine étape : rédigez votre mise en demeure.
Vous hésitez encore entre poursuite et prud'hommes ?
Un juriste ou un avocat JuriUp examine votre contrat, vos preuves et la réaction de votre employeur pour vous indiquer la voie adaptée.
Les pièges à éviter
- Attendre plus d'un an après le commandement de payer : le droit de requérir la continuation se périme (art. 88 LP).
- Penser qu'une poursuite suffit : une simple opposition de l'employeur l'arrête et vous oblige à agir devant le juge (art. 79 LP).
- Supposer que la mainlevée est acquise : le juge la refuse si l'employeur rend vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP).
- Oublier la mise en demeure écrite : sans preuve de votre demande de paiement, la demeure est difficile à établir (art. 102 CO).
- Agir seulement aux prud'hommes quand l'employeur est insolvable : l'indemnité LACI passe par la faillite ou la demande de saisie (art. 51 LACI).
Un cas concret
Exemple vécu
Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse
Fabienne Z. travaille comme employée de commerce dans le canton de Vaud. Son employeur n'a pas versé trois mois de salaire mais ne conteste pas devoir cet argent, et elle détient un contrat signé. Après une mise en demeure restée sans effet, elle requiert une poursuite auprès de l'office des poursuites du domicile de son employeur : il ne fait pas opposition dans les dix jours. Elle choisit cette voie parce que la dette n'est pas contestée. S'il avait contesté, elle serait passée par la conciliation puis le tribunal compétent.
Les bases légales
- Art. 323 et 339 COfedlex Échéance et exigibilité du salaire
- Art. 102 COfedlex Mise en demeure du débiteur
- Art. 128 COfedlex Prescription par cinq ans des salaires
- Art. 74 et 88 LPfedlex Opposition et continuation de la poursuite
- Art. 79 et 82 LPfedlex Décision exécutoire et mainlevée provisoire
- Art. 197 et 243 CPCfedlex Conciliation et procédure simplifiée
- Art. 113 et 114 CPCfedlex Frais judiciaires en litige de travail, conciliation et procédure au fond
Questions fréquentes
Non, la réquisition de poursuite n'impose pas de mise en demeure préalable (art. 67 LP). Elle reste utile, car la demeure naît de l'interpellation du créancier (art. 102 CO) et prouve votre demande de paiement.
L'employeur a 10 jours dès la notification du commandement de payer (art. 74 LP). L'opposition peut être verbale ou écrite, et un acte lui en est donné gratuitement.
Vous devez faire reconnaître votre droit : mainlevée si vous avez un titre, sinon action devant le tribunal (art. 79 et 82 LP). Sans décision exécutoire qui écarte l'opposition, vous ne pouvez pas continuer.
Les actions des travailleurs pour leurs services se prescrivent par cinq ans (art. 128 ch. 3 CO). Ne tardez pas, car le droit de continuer une poursuite se périme par un an (art. 88 LP).
Pas de frais judiciaires pour un litige de contrat de travail jusqu'à 30 000 francs (art. 113 et 114 CPC). Les honoraires d'un avocat éventuel restent à votre charge et leur coût dépend de l'avocat choisi.
En principe oui : la procédure au fond est précédée d'une tentative de conciliation (art. 197 CPC). Elle n'a pas lieu en procédure sommaire (art. 198 let. a CPC).
Vos salaires sont colloqués en première classe dans la faillite (art. 219 LP). Vous pouvez avoir droit à l'indemnité en cas d'insolvabilité, notamment après une demande de saisie (art. 51 LACI).
L’avis de l’équipe JuriUp
Équipe JuriUp
Juristes et avocats partenaires - droit suisse
Le critère décisif est la réaction probable de l’employeur. Face à un employeur qui reconnaît la dette mais ne paie pas, la poursuite est souvent la voie la plus directe. Face à un employeur qui conteste, elle ne fait que gagner du temps : l’opposition vous renvoie devant le juge. L’erreur classique est de laisser filer le délai d’un an après le commandement de payer, ou de négliger la mise en demeure écrite.
Si vous hésitez, un juriste ou un avocat JuriUp peut évaluer votre dossier. Voir aussi nos services d’assurance chômage LACI.
Sources officielles
- Fedlex : Code des obligations, art. 323 (échéance du salaire)
- Fedlex : Loi sur la poursuite pour dettes, art. 74 (opposition)
- Fedlex : Code de procédure civile, art. 113 (frais judiciaires)
Informations vérifiées le 24 octobre 2026
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Ce comparatif fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : le bon choix dépend de votre situation précise. Faites-la valider par un professionnel via JuriUp.