Ai-je le droit d’avorter sans l’accord du père ou de mes parents ?
Réponse vérifiée par des juristes et avocats Mis à jour le 31 octobre 2026 Droit suisse
Oui. Les conditions fixées par la loi ne comprennent pas l'accord du père. Même mineure, vous n'avez besoin de l'accord de vos parents que si vous êtes incapable de discernement. Ce qui décide : votre demande écrite invoquant une situation de détresse, une interruption pratiquée dans les douze semaines qui suivent le début de vos dernières règles, et un entretien approfondi avec le médecin, qui doit avoir lieu avant. Avant 16 ans, le médecin doit aussi s'assurer que vous vous êtes adressée à un centre de consultation spécialisé pour mineurs.
- Dans les douze semaines suivant le début des dernières règles, l'interruption n'est pas punissable sur demande écrite de la femme qui invoque une situation de détresse.
- Le médecin doit d'abord s'entretenir lui-même de manière approfondie avec la femme et la conseiller.
- L'accord du représentant légal, comme les parents d'une mineure, n'est requis que si la femme est incapable de discernement.
- Le Tribunal fédéral a refusé à un homme le droit de contester le classement de la procédure pénale contre son ancienne amie pour avortement punissable.
- L'assurance de base prend en charge une interruption de grossesse non punissable comme une maladie.
Une question sur votre grossesse et vos droits ?Nos spécialistes analysent votre situation, gratuitement et sans engagement.
Faire analyser ma situation
Ce que dit le droit suisse
Pendant les douze semaines qui suivent le début des dernières règles, une interruption de grossesse n’est pas punissable si la femme la demande par écrit, en invoquant une situation de détresse, et si elle est pratiquée par un médecin habilité à exercer sa profession. Le médecin doit au préalable s’entretenir lui-même de manière approfondie avec la femme enceinte et la conseiller. Avant l’intervention, il l’informe aussi des risques médicaux et lui remet, contre signature, un dossier sur les centres de consultation, les organismes d’aide et l’adoption.
Interrompre la grossesse d’une femme sans son consentement est puni d’une peine privative de liberté d’un à dix ans. Le canton désigne les cabinets et les hôpitaux qui remplissent les conditions pour pratiquer l’interruption et conseiller la femme enceinte. Chaque interruption est annoncée à l’autorité de santé publique à des fins statistiques, mais l’anonymat de la femme est garanti.
Le père n’a pas à donner son accord
Les conditions fixées par la loi ne comprennent pas l’accord du père. Le Tribunal fédéral a jugé que l’enfant à naître n’a pas de personnalité au sens juridique et n’est donc pas une personne lésée dans une procédure pénale. Il a confirmé qu’un homme, qui n’est pas lui-même lésé, ne pouvait pas contester le classement de la procédure pénale contre son ancienne amie pour interruption de grossesse punissable.
Le médecin est tenu au secret professionnel. S’il révèle un secret que vous lui avez confié, il peut être puni sur plainte. Il n’est pas punissable s’il agit avec votre consentement. La loi punit aussi celui qui, notamment par la violence ou la menace d’un dommage sérieux, oblige une personne à faire ou à ne pas faire un acte, par exemple à renoncer à une interruption de grossesse.
Si vous êtes mineure
Le Tribunal fédéral admet qu’une patiente mineure capable de discernement peut consentir seule à un traitement médical. Elle n’est représentée par ses parents que si elle est incapable de discernement. Pour l’interruption de grossesse, la loi exige le consentement du représentant légal seulement dans ce cas. Le Code civil ne fixe pas d’âge à partir duquel un mineur est capable de discernement. Le médecin apprécie cette capacité dans chaque cas, au regard de l’intervention.
La loi permet aux parents de demander au médecin de leur enfant des renseignements sur son état et son développement. Le Tribunal fédéral a jugé que ce droit est limité par les droits de la personnalité de l’enfant.
Les coûts et l’assurance
L’assurance de base prend en charge les coûts d’une interruption de grossesse non punissable, comme pour une maladie. Vous participez en principe aux coûts, par la franchise, un montant fixe par année, et par la quote-part, soit 10 % des coûts qui la dépassent. Pour une mineure, aucune franchise n’est exigée et sa participation incombe à qui doit payer ses primes.
Si l’assurance refuse de payer et que vous n’êtes pas d’accord, elle doit rendre une décision écrite. Vous pouvez y faire opposition auprès d’elle dans les trente jours dès sa notification. Un juriste JuriUp peut vous indiquer comment la motiver.
Information générale, pas une consultation juridique ni un avis médical. JuriUp n’est pas une étude d’avocats et ne délivre pas de prestation réservée aux avocats.
Les exceptions et les pièges
Après douze semaines. L’interruption n’est pas punissable si un avis médical démontre qu’elle est nécessaire pour écarter le danger d’une atteinte grave à l’intégrité physique ou d’un état de détresse profonde de la femme enceinte, danger qui doit être d’autant plus grave que la grossesse est avancée. Sinon, la femme elle-même est punissable.
Incapacité de discernement. Si la femme enceinte est incapable de discernement, le consentement de son représentant légal est requis. Pour une mineure, ce sont ses parents, dans les limites de leur autorité parentale.
Moins de 16 ans. Avant une interruption pendant les douze premières semaines, le médecin doit s’assurer lui-même que la jeune fille s’est adressée à un centre de consultation spécialisé pour mineurs, sous peine d’amende. Cette démarche s’ajoute à la demande écrite et à l’entretien avec le médecin.
Un cas concret
Exemple vécu
Cas simplifié tiré de la pratique · droit suisse
Inès, 22 ans, est étudiante. Elle est enceinte de six semaines. Son ami ne veut pas qu'elle interrompe la grossesse, et elle se demande si elle a besoin de son accord. Inès est majeure, et rien n'indique qu'elle soit incapable de discernement. Les conditions de la loi ne comprennent pas l'accord du père. Elle peut donc demander l'interruption par écrit, en invoquant une situation de détresse, à un médecin qui s'entretiendra d'abord avec elle. La règle : dans les douze semaines qui suivent le début des dernières règles, c'est la demande écrite de la femme qui compte, pas l'accord de son ami.
Les bases légales
- Art. 119 CPfedlex Non punissable : demande écrite dans les douze semaines, ou danger grave démontré par un avis médical
- Art. 120 CPfedlex Devoirs du médecin avant l'intervention : demande écrite, entretien, dossier, centre pour les moins de 16 ans
- Art. 118 CPfedlex Interruption punissable hors des conditions légales ou sans le consentement de la femme
- Art. 19c CCfedlex Un mineur capable de discernement exerce seul ses droits strictement personnels, sauf exception légale
- Art. 321 CPfedlex Le médecin qui révèle un secret de sa patiente est punissable, sauf notamment avec son consentement
- Art. 30 LAMalfedlex L'assurance de base paie une interruption non punissable comme une maladie
Valable dans quel canton ?
Cette réponse repose sur le droit fédéral : la règle est la même dans toute la Suisse, quel que soit votre canton.
- Genève
- Vaud
- Valais
- Fribourg
- Neuchâtel
- Jura
- Berne
- et tous les cantons suisses
Que faire concrètement
-
Trouver un lieu désigné
Adressez-vous à un cabinet ou à un hôpital désigné par le canton pour pratiquer l'interruption de grossesse.
-
Avoir l'entretien médical
Le médecin s'entretient lui-même avec vous de manière approfondie, vous informe des risques médicaux et vous remet, contre signature, un dossier d'information.
-
Signer la demande écrite
Avant l'intervention, remettez au médecin votre demande écrite, dans laquelle vous invoquez une situation de détresse.
-
Contester un refus de l'assurance
Si l'assurance refuse de payer, demandez-lui une décision écrite, puis faites opposition dans les trente jours qui suivent sa notification.
Une question sur votre grossesse et vos droits ?
Décrivez la situation. Un juriste JuriUp lit votre dossier et vous donne une première réponse sous 48 h ouvrées. Savoir ce qui s'applique ne coûte rien.
Questions fréquentes
Non. Les conditions de la loi ne comprennent pas l'accord du père, que vous soyez mariés ou non. Pendant les douze semaines qui suivent le début des dernières règles, c'est votre demande écrite, dans laquelle vous invoquez une situation de détresse, qui compte.
Oui, si elle est capable de discernement, aux mêmes conditions qu'une adulte : une demande écrite invoquant une situation de détresse, un entretien approfondi avec le médecin, et une interruption dans les douze semaines qui suivent le début des dernières règles. Le consentement du représentant légal n'est requis que si la femme enceinte est incapable de discernement. Avant 16 ans, le médecin doit aussi s'assurer qu'elle s'est adressée à un centre de consultation spécialisé pour mineurs.
Sur demande écrite de la femme, pendant les douze semaines qui suivent le début des dernières règles. Ensuite, seulement si un avis médical démontre que l'interruption est nécessaire pour écarter le danger d'une atteinte grave à l'intégrité physique ou d'un état de détresse profonde. Plus la grossesse est avancée, plus ce danger doit être grave.
L'assurance de base prend en charge les coûts d'une interruption de grossesse non punissable, comme pour une maladie. Vous participez en principe aux coûts par la franchise et la quote-part, mais pour une mineure, aucune franchise n'est exigée, le plafond de la quote-part est réduit de moitié et sa participation incombe à qui doit payer ses primes. En cas de refus, l'assurance doit rendre une décision écrite si vous n'êtes pas d'accord.
Le médecin est tenu au secret professionnel et peut être puni, sur plainte, s'il révèle un secret qui lui a été confié. Il n'est pas punissable s'il agit avec votre consentement. Pour une mineure, la loi permet aux parents de demander des renseignements au médecin, mais ce droit est limité par les droits de la personnalité de l'enfant.
Dans une affaire jugée par le Tribunal fédéral, un homme avait dénoncé son ancienne amie pour interruption de grossesse punissable, et la procédure avait été classée. Le Tribunal fédéral a jugé qu'il ne pouvait pas contester ce classement, car il n'est pas lui-même lésé et l'enfant à naître n'est pas une personne lésée.
L’avis de l’équipe JuriUp
Équipe JuriUp
Droit suisse
Si votre ami fait pression sur vous, rappelez-vous que la loi exige votre demande écrite, pas son accord. Le délai de douze semaines court depuis le début de vos dernières règles. Si l’assurance refuse de payer, demandez-lui une décision écrite : un juriste JuriUp peut vous indiquer comment faire.
Sources officielles
- Code pénal suisse (RS 311.0), Fedlex
- Tribunal fédéral, ATF 150 IV 405 (le géniteur et la procédure pénale pour interruption de grossesse)
- Tribunal fédéral, ATF 134 II 235 (consentement d'une patiente mineure capable de discernement)
Informations vérifiées le 31 octobre 2026
Pages liées
Une question sur votre grossesse et vos droits ?
Décrivez la situation. Un juriste JuriUp lit votre dossier et vous donne une première réponse sous 48 h ouvrées. Savoir ce qui s'applique ne coûte rien.
La règle exposée ici découle directement de la loi et s’applique dans toute la Suisse. Cette page fournit une information juridique générale sur le droit suisse et ne remplace pas un conseil personnalisé : faites valider votre situation par un professionnel via JuriUp.